Rares sont les pays dont l’essor économique soutient la comparaison avec celui de la Côte d’Ivoire, au cours de la dernière décennie. Porté par sa détermination et une vision ambitieuse, le pays affiche un taux de croissance annuel moyen de 9,2 % entre 2012 et 2019 (6,4 %) et de 6,5 % (3,8 % par personne) entre 2021 et 2024, malgré des turbulences globales et régionales. Cette dynamique propulse la Côte d’Ivoire au rang des quatre économies à la croissance la plus rapide d’Afrique et lui assure une place parmi les dix premières au niveau mondial. Ainsi le succès des « Éléphants » ne se limite pas au terrain de football : c’est un reflet de l’ambition et de la résilience qui anime leur nation.
Pourtant derrière ces progrès remarquables se profile un défi crucial. Au cours des cinq dernières années, la croissance de la productivité a décéléré. Une grande partie de la croissance s’est appuyée davantage sur l’ajout de capital et de main-d’œuvre, plutôt que sur une plus grande stimulation de l’innovation ou de l’efficacité (voir graphique 1).

Source : personnel de la Banque mondiale et base de données de l’économie totale. | Note : Le graphique montre que la contribution du travail (en vert) et du capital (en jaune) à la croissance économique totale est restée élevée, mais que la contribution à la croissance de la productivité a diminué et a même été négative en moyenne entre 2018 et 2023.
Un autre grand défi est de renforcer le lien croissance-réduction de la pauvreté car le rythme de réduction de la pauvreté a été plus lent que celui de la croissance. Entre 2018 et 2021, l’élasticité croissance-pauvreté de la Côte d’Ivoire — une mesure de l’efficacité avec laquelle la croissance réduit la pauvreté — n’était que de 0,6, bien en dessous des moyennes africaine et mondiale. Ce qui signifie que les gains économiques ne se traduisent pas assez rapidement en amélioration de la vie de ceux qui en ont le plus besoin.
Alors, comment la Côte d’Ivoire peut-elle capitaliser sur cet élan et atteindre ses objectifs ambitieux pour insérer les 4 millions de personnes qui rejoindront son marché du travail d’ici 2030, réduire la pauvreté de moitié et rejoindre les rangs des pays à revenu intermédiaire supérieur d’ici 2035 ? La réponse réside dans l’adoption de nouvelles idées pour libérer la productivité et dynamiser le secteur privé grâce à un investissement direct étranger (IDE) robuste (voir graphique 2).

Source : estimations de la Banque mondiale basées sur le modèle MFMOD | Note : « Côte d’Ivoire 1.0 » désigne le scénario de croissance selon la trajectoire actuelle. Il implique des réformes soutenues, des investissements continus aux niveaux actuels et une atténuation des chocs. | « Côte d’Ivoire 2.0 » présente le scénario de croissance avec des réformes plus ambitieuses – dans les domaines, par exemple, du capital humain et de l’environnement des affaires – conduisant à une productivité accrue portée par des investissements directs étrangers.
Mais concrètement, que peut faire le pays pour y parvenir ?
Cette question urgente a réuni des dirigeants du gouvernement ivoirien, d’anciens ministres chevronnés venant de pays aux trajectoires économiques exemplaires — Maroc, Vietnam, Corée du Sud, Éthiopie et Inde — ainsi que des experts internationaux et de la Banque mondiale. L’objectif était de partager des exemples inspirants, susceptibles de déclencher la prochaine vague de croissance axée sur la productivité et d’orienter le nouveau Plan national de développement (PND) de la Côte d’Ivoire pour 2026-2030.
Quatre priorités décisives ont été mises en avant :
- Développer la productivité agricole : Si l’agriculture porte l’économie ivoirienne, l’enjeu déterminant consistera à accroître les rendements, plutôt que de se contenter d’étendre les superficies cultivées. Il est temps de moderniser le secteur avec des politiques intelligentes et coordonnées — notamment par le biais d’améliorations technologiques grâce aux services AgriTech, de meilleures infrastructures et de formations aux compétences. Inspirée par l’Éthiopie, le Vietnam et la Thaïlande, la Côte d’Ivoire peut prendre une longueur d’avance en favorisant la numérisation, en attirant des investissements privés et en développant des clusters agro-industriels par le biais d’investissements directs étrangers (IDE) ciblés et stratégiques. Priorités clés : apporter des outils numériques et financiers aux communautés rurales, et s’assurer que les petits exploitants tirent pleinement parti des chaînes de valeur. Grâce à ces mesures audacieuses, la Côte d’Ivoire peut stimuler la création d’emplois ruraux et déclencher une véritable transformation économique.
- Dynamiser les investissements directs étrangers et le commerce : la Côte d’Ivoire voit les choses en grand. Le pays entend doubler l’IDE et faire du secteur privé un moteur de croissance plus fort. Inspiré par les succès du Maroc, du Vietnam et de l’Irlande, le pays vise désormais à renouveler son environnement commercial, en déployant des réformes numériques et en établissant une agence de promotion des investissements à guichet unique, pour mieux attirer les investisseurs internationaux. L’accent est mis sur la création de clusters de compétitivité dynamiques, l’autonomisation des champions nationaux et sur des mesures visant l’accès au financement, la maîtrise des réglementations et l’innovation au bénéfice des entreprises. Ces mesures ambitieuses stimuleront le commerce, libéreront les PME et créeront des emplois, ouvrant ainsi la voie à la prospérité et à une vie meilleure pour tous.
- Développer le capital humain : Le capital humain est au cœur des ambitions transformatrices de la Côte d’Ivoire, et les données mettent en évidence l’urgence d’investir : un enfant né aujourd’hui ne réalisera que 38 % de son potentiel productif en raison des lacunes en santé, éducation et nutrition. Les enjeux sont de taille, notamment pour les femmes et les jeunes, dont la participation limitée à la population active souligne la nécessité d’une action transversale dans le PND 2026-2030. S’inspirant de la lutte efficace du Ghana contre la malnutrition infantile et des réformes audacieuses des programmes scolaires du Vietnam, où 16 à 18 % du budget est consacré à l’éducation, avec en retour des scores PISA élevés, la feuille de route pour la Côte d’Ivoire est claire et prometteuse. En développant la maternelle dans les zones rurales, en déployant la nutrition multisectorielle, en améliorant les infrastructures de santé et en modernisant l’enseignement technique, le pays peut libérer tout son potentiel de capital humain.
- Obtenir des résultats : Une forte coordination entre les agences gouvernementales, appuyée par une réforme institutionnelle et un pilotage par les résultats à chaque étape de la mise en œuvre, permet d’éviter les retards. L’expérience sud-coréenne et le Development Board du Rwanda démontrent comment des institutions stratégiques de haut niveau, soutenues par le président, peuvent assurer une coordination efficace. Il devient alors possible de dépasser les silos administratifs, de résorber les points de blocage et d’étendre les solutions à grande échelle grâce à des mandats clairs et une responsabilité en matière de performance. Des indicateurs de résultats priorisés observés à l’aide d’outils numériques permettent une gestion dynamique et une correction de trajectoire rapide.
La leçon est claire : avec son nouveau plan national ambitieux et sa volonté d’innover, la Côte d’Ivoire peut ouvrir une nouvelle ère de croissance qui profite véritablement à tous. C’est le moment de transformer les ambitions en réalité et de faire en sorte que l’héritage des « Éléphants » soit celui d’une prospérité partagée et d’une transformation durable. (Source Banque Mondiale).

