Au cœur des terres arides du Kenya, une révolution technologique et sociale s’opère sous l’impulsion de Beth Koigi. Cette jeune entrepreneuse a transformé une crise humanitaire en opportunité d’innovation avec la création de Majik Water depuis 2017. Alors que 80% du territoire kenyan est soumis à un climat aride ou semi-aride, l’accès à l’or bleu demeure un défi vital pour des millions de personnes. Originaire des collines verdoyantes de Limuru, Koigi a subi un choc brutal en arrivant à l’université de Chuka, où l’eau des robinets était saturée de limon et de bactéries. Cette confrontation directe avec la pénurie a été le déclencheur d’une mission de vie, celle de garantir que l’isolement géographique ne soit plus synonyme de soif.

Le véritable tournant survient lors de la sécheresse aiguë de 2016 en Afrique subsaharienne. À cette période, les statistiques attestent de près de 10 000 décès annuels au Kenya liés à l’absence d’eau potable. Beth Koigi comprend alors que filtrer l’eau existante ne suffit plus lorsque les sources elles-mêmes s’épuisent. L’atmosphère contient la plus grosse quantité d’eau douce sur Terre, soit six fois plus que toutes les rivières du monde réunies. Grâce à un programme de recherche au centre de la NASA en Californie, elle s’associe à la scientifique Anastasia Kaschenko et à l’économiste Clare Sewell. Ensemble, elles développent un générateur d’eau atmosphérique (AWG) conçu spécifiquement pour les zones arides et non raccordées à l’électricité, utilisant des matériaux absorbants pour capturer l’humidité même lorsque le taux hygrométrique est faible.

Le fonctionnement de ces machines repose sur un principe physique simple ; l’air est aspiré et refroidi pour provoquer la condensation de la vapeur d’eau. Les gouttelettes ainsi formées sont récoltées, filtrées et minéralisées. En fonction des conditions locales, une seule unité peut extraire entre 20 et 500 litres d’eau par jour. Cette technologie est alimentée intégralement par des panneaux solaires, ce qui rend le système autonome et durable pour les communautés vivant en milieu hostile.

L’entreprise produit désormais plus de 200 000 litres d’eau potable chaque mois. Cette avancée a été couronnée par le Prix Rolex à l’esprit d’entreprise en 2023, offrant les ressources nécessaires pour étendre l’impact de la technologie.

À terme, l’objectif est d’atteindre une capacité de production de 100 000 litres par jour grâce à la mise en réseau des unités. Ce volume permettrait de dépasser les besoins domestiques pour soutenir une agriculture de précision, offrant également une réponse concrète au changement climatique qui a asséché les rivières de son enfance.