Le secteur agricole demeure le parent pauvre du système bancaire traditionnel en Afrique Subsaharienne. Ce secteur génère en moyenne 18 % du produit intérieur brut en Afrique subsaharienne, mais ne capte qu’une part dérisoire (1 %) des crédits bancaires totaux. Ce fossé crée un besoin de financement annuel estimé à 180 milliards de dollars pour les petites et moyennes entreprises agricoles.
Il est évident que le modèle de la banque commerciale classique est inadapté aux réalités du monde agricole, car il ignore les cycles biologiques et les risques climatiques qui régissent la production. L’émergence de banques de développement agricole est donc une nécessité absolue pour transformer le risque agronomique en opportunité d’investissement.
Le succès du Crédit Agricole du Maroc illustre la viabilité de cette approche où la banque accompagne techniquement l’agriculteur. Le modèle repose sur le financement de la chaîne de valeur qui sécurise le prêt par des contrats de rachat fermes entre les producteurs et les transformateurs. Cette approche permet de se libérer de la contrainte des garanties traditionnelles qui excluent encore trop de petits exploitants du système formel.
Cette dynamique de performance se retrouve également en Afrique de l’Ouest, notamment au Mali et au Sénégal. Au Mali, la Banque Nationale de Développement Agricole a injecté 213,17 milliards de FCFA dans les chaînes de valeur agricoles en 2021, représentant 42 % de ses engagements globaux. Un partenariat stratégique signé en octobre 2025 avec la Société Financière Internationale prévoit d’ailleurs de porter le risque des crédits à l’agriculture durable à 270 millions de dollars d’ici cinq ans. Les fonds cibleront principalement les petits exploitants agricoles, les coopératives et les entreprises respectueuses de l’environnement. Le dispositif prévoit que 25 % des prêts bénéficient à des entreprises dirigées ou détenues par des femmes, tandis que 10 % seront consacrés à des projets liés à l’agriculture climato-
intelligente, aux énergies renouvelables et à l’irrigation durable.
Au Sénégal, la Banque Agricole (LBA) a multiplié les partenariats internationaux pour renforcer son rôle dans le développement rural. Elle est devenue la première banque commerciale sénégalaise accréditée par le Fonds Vert pour le Climat (GCF) et a signé en 2024 un prêt de 30 millions d’euros avec la Banque européenne d’investissement (BEI) pour financer des projets durables d’irrigation, de stockage et de mécanisation agricole. Par ailleurs, les rendements en riziculture irriguée atteignent désormais 5,5 tonnes par hectare, permettant au pays de couvrir 50 à 55 % de ses besoins nationaux en riz (blanchi).
Le 18 février 2026 à Abuja, un accord de don de 16,61 millions de dollars a été signé entre la Banque africaine de développement et l’Institut International d’Agriculture Tropicale (IITA). Ce financement lance la troisième phase du programme Technologies pour la Transformation de l’Agriculture Africaine (TAAT) qui a déjà touché 25 millions d’agriculteurs et permis d’accroître les rendements jusqu’à 69 % sur 35 millions d’hectares depuis 2018. Grâce au déploiement de variétés de blé résistantes à la chaleur, les rendements nigérians ont doublé, passant de 1,7 tonne à 3,5 tonnes par hectare. Ces chiffres bruts prouvent que la productivité agricole peut exploser lorsque le financement est orienté vers des solutions scientifiques concrètes. Le marché alimentaire africain pourrait peser 1 000 milliards de dollars d’ici 2030
et cette croissance ne pourra être captée que si les banques agricoles deviennent de véritables
partenaires.
