Casablanca a accueilli, mercredi 11 février 2026, l’événement « The Power of Joining Forces: Cofinancing for Progress », coorganisé par le Groupe de la Banque mondiale, le ministère de l’Économie et des Finances, et le Groupe Agence française de développement (AFD).
Pour les acteurs, le cofinancement n’est plus un simple montage, mais une méthode de travail appelée à se généraliser pour porter des programmes plus vastes, plus complexes et mieux alignés sur les priorités des pays.
Nadia Fettah, ministre de l’Économie et des Finances, a présenté le cofinancement comme « un choix politique » : coopérer plutôt que se concurrencer, concentrer les efforts plutôt que les disperser, et passer de projets isolés à une logique « systémique » et « à l’échelle ». La ministre a rattaché cette approche aux priorités de développement comme l’énergie, la mobilité, la protection sociale, l’emploi et la résilience. Elle a aussi insisté sur l’idée que l’enjeu, désormais, n’est plus de multiplier les cofinancements au cas par cas, mais de les déployer à grande échelle.
Aki Nishio, vice-président de la Banque mondiale pour le financement du développement, a justifié le choix du Maroc comme hôte en rappelant l’« expérience ». La première réunion « cofinancing » de la Banque mondiale se serait tenue au Maroc, à Marrakech.
Intervenant sur le rôle du Fonds Mohammed VI pour l’Investissement, Nezha Hayat, Directrice générale du Fonds, a replacé le cofinancement au centre du mandat de l’institution, créée pour mobiliser capitaux publics et privés autour des priorités économiques et stratégiques. Ainsi, deux axes ont été détaillés. D’abord, l’intervention en partenariats public- privé, avec un rôle d’apport en fonds propres et de structuration, notamment dans l’infrastructure, la logistique et l’énergie, avec un objectif d’accélérer les projets et attirer des investisseurs de long terme, dans une logique combinant rentabilité et impact.
Ensuite, un levier orienté vers le tissu privé, en réponse au déficit de fonds propres, via le private equity. Hayat a souligné que lors d’une première sélection, 14 fonds ont été retenus, permettant de mobiliser jusqu’à 20 milliards de dirhams, montant qu’elle a comparé au total investi au Maroc via le private equity sur les vingt dernières années.
Rémy Rioux, Directeur général de l’AFD, a retracé l’adoption de la doctrine « Partnership by design », née, selon lui, d’une contrainte de montée en puissance de l’AFD après 2015, dans le sillage des ODD et de l’Accord de Paris. L’idée martelée est qu’un projet mené avec un partenaire « vaut mieux » qu’un projet mené seul.
Le Directeur de l’AFD a cité un ordre de grandeur d’environ 35 milliards de dollars de cofinancement et financement parallèle sur une décennie entre l’AFD et la Banque mondiale.
Il a aussi décrit l’élargissement de la coopération à d’autres banques et institutions publiques, puis la structuration progressive d’une « machine » européenne de cofinancement à travers l’approche Team Europe, combinant financements publics, bras armé pour le privé et assistance technique. Pour Rioux, le contexte s’est encore durci en 2025, rendant la coopération « encore plus importante », notamment pour éviter la fragmentation et maintenir une dynamique de multilatéralisme opérationnel.
De son côté, Anshula Kant, Directrice générale et directrice financière du Groupe de la Banque mondiale, a cité un record atteint sur l’exercice fiscal 2025 de 7,6 milliards de dollars de cofinancement provenant de partenaires prêteurs. Elle a aussi insisté sur l’ampleur des besoins, évoquant une estimation de 4,25 trillions de dollars requis pour l’infrastructure dans les marchés émergents. La dirigeante a défendu une approche « groupe », insistant sur une meilleure coordination interne entre les entités (IFC, MIGA, IBRD, IDA…).
Dans la même logique d’industrialisation, elle a mis en avant la Global Collaborative Co-Financing Platform, présentée comme un outil pour rapprocher projets et partenaires. Selon ses propos, plus de 230 projets figurent déjà sur cette plateforme, lancée en 2024, avec des volumes se chiffrant « en milliards de dollars ». Anshula Kant a également rappelé que, pour des projets « transformateurs », parfois même de plus petite taille, la clé se joue souvent côté fonds propres, ce qui renvoie au besoin de faire évoluer le co-financement vers une logique plus proche du co-investissement, en mobilisant davantage le secteur privé, en dette comme en equity. (Source : Finance News Hebdo).
